Étiquette : hexane

Incendie dans un silo IDEA pour Cargill

Le rapport d’inspection du 05 mars 2026  visant les silos que gère IDEA pour CARGILL sur le quai des Grands Puits à Saint-Nazaire mentionne des anomalies qui interpellent.

IDEA .. Une nouvelle idée de la logistique !   Vraiment ?

Cet établissement s’était fait remarqué en 2022, car il n’avait pas réalisé les mesures annuelles des émissions de poussières lors d’un déchargement de bateau depuis 2015 ! 
Cette année l’inspection constate que des mesures ont été faites en 2023, 2024 et 2025 mais que les rapports n’ont pas été envoyés à la DREAL dans le mois qui suit. 
N’y aurait-il pas là un manque de rigueur ?   
Vu ce manquement, on peut craindre que la demande des associations de recherches de pesticides/raticides  dans les poussières émises n’ait pas été prise en compte.

Plus grave : 

On y apprend qu’il y a eu un départ de feu en août 2025,
et que les relations contractuelles IDEA <=> CARGILL ne permettaient pas d’agir dans des conditions optimales pour limiter les risques d’explosion aux graves conséquences !!!

Contexte : un départ de feu s’est produit le 13/08/2025 dans une cellule de stockage à plat de
tourteaux de tournesol par auto-échauffement. Ce processus lent dépend des conditions de stockage, en particulier de la durée. L’exploitant n’a pas identifié de cause externe.
Pour les silos verticaux, un contrôle en humidité et température de chaque chargement de camion est effectué. Pour les silos plats, ce contrôle est effectué, avant transfert, par le client situé sur le site voisin. {….}
L’exploitant précise qu’il n’est pas propriétaire des produits stockés et qu’il ne peut pas les évacuer du site sans accord du client. Dans le cadre des congés du mois d’août, les quantités en stock sont plus importantes pour assurer l’approvisionnement en aval, entrainant une durée de stockage plus longue. De plus, la demande en tourteaux avait été surestimée par le client, augmentant également la durée de stockage.
L’exploitant a présenté le dernier enregistrement des températures avant l’incident (08/08/2025) qui fait état de dépassements des seuils de préalarme et d’alarme pour certaines sondes des cellules 2 et 3 (température maximale relevée de 41,34°C). L’action principale en cas de dépassement des seuils est le transillage de produit. Cependant, cette action n’a pas pu être effectuée compte tenu de l’absence de capacités disponibles en raison des stocks importants. L’exploitant indique que le client a été alerté plusieurs fois de cette situation, dès juillet 2025, sans réaction de sa part.
L’exploitant précise que suite à l’incident, une réunion est prévue avec le client le 09/04/2025 (N.D.L.R sans doute 2026) afin d’améliorer sa connaissance des problématiques de stockage et de mieux anticiper les volumes de stockage pour éviter que la situation se reproduise.

Bel exemple de sous-traitance déresponsabilisante ?
Clairement la proximité d’installations industrielles, de stockages de produits dangereux inflammables (Chantiers, Everllence, .. ) et d’habitations à quelques centaines de mètres  des silos impose au donneur d’ordre une plus grande vigilance.

La presse fait écho de travaux de décarbonation lancés par CARGILL.
Réduire les émissions dans l’air de CO2, c’est bien .. 
Mais curieusement, pas de projet de mesures environnementales en continu et de réduction des émissions d’HEXANE, solvant neurotoxique utilisé et réutilisé en grande quantité dont une partie est respirée par les Nazairiens. Habitations et commerces du Ruban Bleu sont pourtant tout proches 
 

Enfin, on regrette que l’inspection n’ait pas abordé les conditions de fumigation des silos – utilisant souvent la  phosphine (PH3), gaz très dangereux, produit qui a récemment été cité comme très utilisé en Loire-Atlantique et  ayant des effets neurotoxiques et pulmonaires. 
Les dangers dans l’utilisation sont connus :   https://blog.noxstorage.fr/pourquoi-la-fumigation-a-la-phosphine-pose-probleme-en-stockage-agricole
On peut comprendre que la DREAL ne souhaite pas être présente à proximité du silo lors d’une fumigation. La DREAL pourrait demander à l’exploitant de faire intervenir des experts indépendants et bien protégés pour contrôler le respect des procédures notamment s’assurer des étanchéités pendant la durée appropriée.

 

HEXANE dans la CARENE – double dose

Depuis quelques temps, France Info , Marianne et d’autres évoquent  l’ubiquité de l’hexane dans notre alimentation et les dangers associés, notamment les effets neurologiques et sur la reproduction.
C’est lié aux travaux de Guillaume COUDRAY et à la publication du livre « De l’essence dans nos assiettes . Un article d’Anne-Laure BARRAL a déjà été publié sur le sujet en mai 2025.

En quelques mots : Guillaume explique que les producteurs d’huile de Tournesol, Soja extraient l’huile des graines oléagineuses en utilisant un hydrocarbure, un solvant de formule chimique C6H14 que d’aucuns comparent au « White Spirit ». Le processus de production comporte ensuite une phase de « désolvantation » pour récupérer de l’hexane.
Ce qui n’est pas explicité sur les emballages, c’est qu’il y a des résidus d’hexane dans les huiles, et donc dans les aliments qui les utilisent. Des résidus plus importants sont présents dans les « tourteaux », qui sont ce qui reste des graines après dissolution de l’huile. Or ces tourteaux, sont vendus aux agriculteurs pour nourrir leurs animaux. De facto, la consommation de viande va accroître la quantité d’hexane qui pénètre dans le corps humain.

Les caractéristiques de solvant de l’hexane, ses interactions avec les graisses ont des impacts sanitaires qui n’ont pas tous été approfondis mais les impacts « neurologiques » de l’hexane sont reconnus.

Revenons à la CARENE qui a sur son territoire deux usines CARGILL  qui triturent  soja et tournesol, l’une à Saint-Nazaire quasiment en cœur de ville, et l’autre à Montoir-de-Bretagne.

Les nazairiens sont-ils plus impactés que les autres français ?
Malheureusement oui.
En plus de l’hexane dans la nourriture, nous respirons l’hexane présent dans l’air.

CARGILL répète à tout va qu’il a mis en place un « recyclage » efficace de  l’hexane, sans doute mais la perfection n’existe pas et il y a des « fuites ».
Dans les dossiers d’autorisation d’exploiter, on ne trouve pas de mesures d’hexane  financées par CARGILL réalisées dans les quartiers avoisinants pour connaître les concentrations respirées.
Curieux ?  Non, c’est classique quand il y a des risques.
CARGILL préfère communiquer sur les actions menées sur les odeurs émises, sans se vanter du fait qu’il les masquent avec des produits de  parfumerie. (cf les études olfactives confiées à Air Pays de la Loire ). Classique pour détourner l’attention.

En 2021 et 2022 les associations environnementales ont demandé à Air Pays de la Loire de réaliser une étude des composés organiques volatils dans les communes de Basse-Loire incluant notamment le benzène qui avait été identifié dans l’air des écoles et l’hexane.
Air Pays de la Loire avait accepté de la réaliser une « petite » campagne de mesures sur ses fonds propres.

Petite : car elle a duré seulement 8 semaines ce qui ne permet généralement pas d’avoir une bonne « couverture » des vents annuels

Pour compenser cette courte durée, j’avais obtenu d’Air Pays de la Loire qu’il fasse en plus une mesure très ciblée proche de la zone industrielle portuaire, proche des chantiers de l’Atlantique et de Cargill, plus précisément au square Delzieux et que la capture d’air pendant 30 mn soit réalisée  quand les vents venait du Nord-Est ou de l’Est. Ce fut fait.

Le rapport est sans ambiguïté sur l’origine de l’hexane détecté, les vents venaient bien du côté de CARGILL lors des mesures du 30 novembre. 

page 22  on a le résultat d’une mesure d’hexane pendant 30 minutes venant  de CARGILL  :
environ 2,6 µg/m3

Le lecteur va peut-être s’interroger sur quel est l’impact sanitaire.
Est-ce la complaisance des services de l’Etat  ( DREAL, ARS ?) … ? toujours est-il que la dernière étude de risque sanitaire date de 2005 !!
Quand on ne veut pas savoir, il suffit souvent de commencer à ne pas chercher ..